Le Monument

pour hier, aujourd'hui et demain

Sens et nécessité d' un monument dédié aux femmes décédées d'avortement clandestin

Alors que l’année 2025 a marqué le 50ème anniversaire de la loi Veil, l’histoire des femmes mortes d’avortement clandestin reste méconnue : on ne connaît ni leur noms, ni leurs visages, ni leurs vies, ni les circonstances de leur mort, ni même leur nombre.
Elles sont mortes dans l’anonymat et le secret le plus absolu, et ce silence n’a fait que s’épaissir jour après jour. Hormis leurs proches, qui se souvient d’elles ? Et qui, même parmi les proches, a su qu’elles étaient décédées d’avortement ? La crainte de la condamnation pour complicité, conduisait toutes celles et ceux qui savaient, à se taire. La société en général, et plus particulièrement les mondes politique, judiciaire et médical, ont confiné ces femmes, leurs histoires et l’histoire de leurs proches dans un oubli total et abyssal. Un trou noir de l’histoire.

Peut-être parce que, comme l’écrit Annie Ernaux dans son livre L’événement, “le paradoxe d’une loi juste est presque toujours d’obliger les anciennes victimes à se taire au nom de : c’est fini tout ça”. Et sûrement aussi parce que l’histoire demeure largement écrite par des hommes. Si les hommes morts à la guerre ont eu droit à leur monument, dans chaque ville, chaque village, qu’en est-il de toutes ces femmes qui ont eu à se battre contre une loi inique ?

C’est pourquoi il est grand temps aujourd’hui que les femmes décédées d’avortement clandestin aient elles aussi, à Paris, dans un lieu central, un monument dédié à leur mémoire.
Grâce à ce monument, elles seront enfin reconnues et honorées pour ce qu’elles étaient : les victimes d’un ordre patriarcal, mais aussi des combattantes qui voulaient être libres et vivre leur vie.

Grâce à ce monument, les familles oseront peut-être enfin exhumer du silence, l’histoire de leurs grand-mères, leurs sœurs ou leurs mères dont on a, parfois sur plusieurs générations, caché ou seulement chuchoté les véritables raisons et circonstances du décès, l’ampleur du désastre et de la souffrance. C’est pour solliciter et rassembler les témoignages relatifs à l’histoire de ces avortées inconnues que, simultanément au monument, sera créé un site internet.

Grâce à ce monument et au travail historique qui l’accompagnera, ces femmes, décédées d’une loi féminicide, reviendront parmi nous et retrouveront leur place dans l’histoire.

Enfin, le monument accompagné de ce travail de mémoire, permettra que soit toujours rappelées la nécéssité et l’importance du droit à l’avortement. ll affirmera un soutien à toutes celles qui continuent aujourd’hui de se battre pour ce droit essentiel. Il sera un acte politique fort à l’heure où, toutes les neuf minutes dans le monde, une femme meurt encore d’avortement clandestin.

Ce monument sera une œuvre pour hier, aujourd’hui et demain.

HISTORIQUE DU PROJET


En 2003 Mariana Otero réalise Histoire d’un secret, un film où elle raconte l’histoire de sa mère, artiste peintre décédée en 1968 des suites d'un avortement clandestin. C’est le premier film qui raconte l'histoire d'une femme décédée des suites d’un avortement clandestin ; Auparavant il y a  bien eu quelques livres sur l’avortement mais rien sur les décès si ce n’est des articles à la rubrique des faits divers.
Après ce film Mariana Otero croit alors que ça y est, que l'Histoire de ces femmes va enfin s’écrire. Mais le féminisme est alors en pleine régression. Pendant les deux décennies suivantes, les films ou les livres qui évoquent l’avortement clandestin se font très rares et jamais avec un décès pour sujet principal. Quand en 2024, à l’occasion des 50 ans de la loi Veil, l’Institut National de l’Audiovisuel lance un appel pour collecter des témoignages sur l’avortement clandestin, aucun parmi les 400 reçus n’est issu d’un.e proche d’une femme décédée, hormis un : celui de son père. Vingt ans après Histoire d’un secret, il reste la seule personne acceptant de témoigner.
Elle acquiert alors la conviction que si les familles se taisent encore, c’est qu’au sentiment de honte , né entre autre de l’illégalité du geste, s’ajoute celui d’une immense culpabilité et que seule une reconnaissance publique du combat de ces femmes décédées d’avortement, qui retournerait la honte et la culpabilité, du côté de la loi de 1920* et de l'État, pourra venir à bout de ce silence.
En janvier 2025, à l’occasion des 50 ans de la loi Veil, la Fondation des femmes propose qu’une loi réhabilite les femmes condamnées entre 1920 et 1975 pour avoir aidé à pratiquer un avortement clandestin. Cette proposition est formidable mais il n’y est, hélas, toujours pas fait mention des femmes décédées.
C’est alors qu’elle repense au monument qu’en 2003, l’écrivaine Nancy Huston, après avoir vu son film, avait proposé de faire édifier en hommage à sa mère et aux femmes mortes dans les mêmes circonstances, dans une tribune du journal Le Monde. Et elle se dit qu’il est plus que temps de lancer un mouvement pour qu’il voie enfin le jour.

Rapidement, de nombreuses personnalités la rejoignent, en devenant signataires d’une tribune publiée dans Le Monde le 6 mai 2025, tribune transformée depuis en pétition.
L’ association Aux avortées inconnues, créée concomitamment,  porte avec l’association Choisir la cause des femmes, ce projet de monument auprès de la Mairie de Paris. Cette première mobilisation aboutit, lors de la séance du 6 juin 2025 du Conseil de Paris, à la présentation d’un vœu allant dans ce sens par Hélène Bidard, adjointe chargée de l’égalité femmes-hommes, de la jeunesse et de l’éducation populaire et Laurence Patrice, ajointe chargée de la mémoire et du Monde combattant. Ce vœu est adopté, à l’unanimité !
C’est donc une première étape très importante, indispensable et émouvante qui est franchie. Il ne s’agit toutefois pas - encore - d’une délibération, mais d’un simple voeu. S’il a d’ores et déjà une forte valeur symbolique, il pourrait être abandonné par la prochaine mandature.
C’est pourquoi il faut consolider ce vœu, lui donner le maximum de visibilité, afin que l'équipe municipale élue en 2026, quel que soit le résultat des urnes, acte et concrétise ce projet d’édification d’un monument dédié aux femmes mortes d’avortement clandestin avant 1975.
C’est dans cette perspective que s’inscrit l'événement du 28 septembre 2025, en partenariat avec Choisir la cause des femmes, le Planning familial et la Fondation des femmes.

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Esquisses et inspirations

Esquisse du monument
Esquisse du monument 2
Esquisse du monument 3
Esquisse du monument 4
Nous ne demandons pas la pitié, mais la justice et le souvenir.
Gisèle Halimi

Présentation du projet

Découvrez la genèse du projet et les témoignages des porteurs de cette initiative.

Evolution du monument

Octobre 2023

Sortie du film Histoire d'un secret de Mariana Otero

Nancy Huston touchée par le film propose dans une tribune au Monde que soit érigé un monument aux Avortées inconnues 

5 000 signatures

La pétition atteint un premier cap symbolique.

Septembre 2024

Soirée à la Maison de la Poésie

Lectures par Annie Ernaux et présentation officielle du projet de mémorial.

Soutenez le projet

La réalisation de ce monument nécessite un soutien collectif. Vous pouvez contribuer de plusieurs manières :

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